Créer des plateformes numériques équitables

Des craintes sont exprimées dans la sphère publique concernant l’hégémonie des grandes plateformes avec lesquelles les GAFA ont construit une certaine domination souvent en désintermédiant des acteurs historiques.  D’autres champions du digital ont aussi utilisé avec succès une stratégie de plateforme tels UBER, Airbnb, Booking.com etc. Ces plateformes ont utilisé le numérique pour changer les règles du jeu et inventer des business models efficaces.

Des voix s’élèvent pour un retour en arrière dans « l’ancien monde ». Mais est-ce réaliste alors que les grandes plateformes numériques sont plébiscitées par les utilisateurs comme le montre les chiffres d’audience.  Se résigner en invoquant l’inéluctabilité de leur suprématie n’est pas préférable car leur impact social est une précarisation des acteurs économiques et en même temps leur puissance défie la souveraineté des états nationaux.

La seule stratégie pour bâtir une économie durable à l’ère des plateformes numériques dans un monde ouvert serait d’offrir des solutions de substitution offrant des services du même niveau de qualité pour attirer les utilisateurs mais avec un impact social positif dans le sens de l’intérêt général.

Il faut donc bien comprendre les leviers de l’économie numérique pour se mettre en capacité d’en faire des outils de progrès économique et social. C’est ce qu’on nomme maintenant la « Tech for Good. Pour que cette expression ne soit pas seulement un slogan de communication mais une valeur cardinale à servir, il faut mettre en œuvre les organisations qui réaliseront la promesse d’une technologie au service du bien commun.

Il existe une mouvance née de la volonté d’une économie humaniste, c’est-à-dire qui met l’humain au centre des préoccupations. C’est l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). Cependant ses acteurs émanent souvent de milieux militants rejetant en bloc le système capitalisme. Si celui-ci a fait la preuve de son efficacité comme le montre niveau de développement économique en occident,  il arrive aussi aujourd’hui à la limite de son efficacité à cause des externalités négatives qu’il génère, notamment ses dérives incontrôlées dans une économie très financiarisée (exemple : la crise des sub-primes) et ses effets dévastateurs sur la nature (exemple : la pollution par les déchets).

Cependant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les entreprises à mission, c’est-à-dire avec des objectifs sociaux explicites, sont une nouvelle voie de développement qui subordonne l’efficacité économique à la performance sociale. C’est une attitude pragmatique alors que l’approche anticapitaliste radicale prônée par certains n’a qu’un impact limité voire décevant. Ce manque d’efficacité s’explique par la sous-estimation de la dimension systémique de l’économie ouverte. Celle-ci doit équitablement rétribuer toutes les parties prenantes pour obtenir leur adhésion et leur participation au bon fonctionnement général du système économico-social.

L’écologie, qui est aujourd’hui reconnue comme un enjeu très important, nous a montré qu’un système durable doit être équilibré. C’est un rôle important de la puissance publique d’assurer grâce à des règlementations pertinentes le bon fonctionnement de l’économie numérique au service de la société d’aujourd’hui et des générations futures. Dans ce cadre, nous, citoyens, sortons de notre zone de confort pour réfléchir collectivement et inventer les nouvelles plateformes efficaces et équitables.